// Sommaire
C’est dans le recyclage chimique que l’écart entre les annonces et les installations en service est le plus large de tout le secteur. En octobre 2025, environ 65 projets représentant une capacité cumulée de près de 2,8 millions de tonnes de déchets plastiques par an étaient annoncés ou en construction en Europe, la pyrolyse comptant à elle seule pour 1,68 million de tonnes potentielles. La capacité de pyrolyse réellement installée et en exploitation s’établit à environ 150 000 tonnes d’entrée par an, plus de 300 000 tonnes étant en construction ou en mise en service. Pendant ce temps, Viridor a fermé trois usines Quantafuel en Scandinavie et Plastic Energy, l’un des pionniers les plus connus du secteur, est passé sous administration judiciaire.
Annoncé contre opérationnel
Mises côte à côte, les deux valeurs donnent un rapport sans ambiguïté : environ un vingtième de la capacité de pyrolyse annoncée fonctionne. Cet écart n’est pas le signe d’une mauvaise foi des porteurs de projets. Il traduit la difficulté du passage du pilote à l’installation commerciale dans cette technologie, et le caractère défavorable de l’équation économique aux prix actuels des matières fossiles.
L’huile de pyrolyse concurrence le naphta. Quand le naphta est bon marché, une usine qui doit collecter, trier, sécher puis craquer thermiquement des plastiques mélangés n’a aucun avantage de coût — seulement un avantage réglementaire et réputationnel. C’est suffisant pour justifier un pilote. Cela n’a pas suffi, de manière constante, à justifier une ligne commerciale.
Fermetures et nouveaux engagements
Viridor a arrêté ses trois usines de recyclage chimique Quantafuel en Scandinavie, invoquant l’absence de viabilité commerciale du segment. Le pionnier britannique Plastic Energy est entré en administration judiciaire.
Dans le même temps, de nouvelles capacités sont engagées. Waste Plastic Upcycling prévoit au port de Rotterdam une installation capable de traiter 80 000 tonnes par an de plastiques post-consommation en fin de vie. La technologie n’a donc pas été abandonnée : elle traverse une phase de sélection dont sortiront les acteurs disposant d’une matière première bon marché et stable, et d’un acheteur prêt à payer une prime par rapport à l’équivalent fossile.
La réglementation tranche, sans cohérence
Pendant des années, la question restait ouverte : la matière issue du recyclage chimique doit-elle compter dans les objectifs de contenu recyclé ? Les réponses arrivent, et elles ne vont pas dans le même sens.
D’un côté, le projet d’acte d’exécution relevant de la directive sur les plastiques à usage unique, qui a obtenu le soutien du comité des États membres le 6 février 2026, prévoit la prise en compte de la matière issue du recyclage chimique dans les bouteilles PET, sous conditions définies. L’acte est en voie d’adoption.
De l’autre, le projet de critères européens de fin du statut de déchet pour les plastiques, ouvert aux retours jusqu’au 26 janvier 2026, couvre le recyclage mécanique et physique — les procédés qui conservent les chaînes polymères — et ne prend pas en compte, à ce stade, le recyclage chimique.
Pour les porteurs de projets, la position est inconfortable : la même technologie est reconnue dans un instrument et écartée dans un autre, ce qui complique des plans d’investissement à dix ans ou plus.
Ce que novembre pourrait changer
À compter du 21 novembre 2026, l’UE interdit l’exportation de déchets plastiques vers les pays non membres de l’OCDE. Entre 500 000 et 800 000 tonnes par an devront être traitées localement — et il s’agira surtout de matière difficile et mélangée, précisément celle pour laquelle le recyclage chimique a été conçu.
Que cela transforme la capacité annoncée en installations en service dépend d’un facteur que le secteur ne maîtrise pas : le prix du pétrole, et la disposition des marques à payer une prime pour un polymère à empreinte carbone réduite. Sans cette prime, l’obligation de traiter les déchets sur place conduit à l’incinération plutôt qu’à la pyrolyse.
Comment lire les déclarations des fournisseurs
- Demander les tonnes produites, pas la capacité nominale. L’écart entre les deux est plus marqué ici que partout ailleurs dans le recyclage.
- Demander quelle matière alimente l’unité. Une pyrolyse alimentée en chutes de production propres n’a rien à voir avec une pyrolyse alimentée en déchets post-consommation mélangés, ni techniquement ni du point de vue de l’allégation environnementale.
- Distinguer l’allocation par bilan massique du contenu physique. Le contenu issu du recyclage chimique parvient généralement au produit via un système de bilan massique certifié, et non sous forme de matière physiquement identifiable.
Questions fréquentes
Quelle est la capacité de recyclage chimique en Europe ?
En octobre 2025, 65 projets totalisant environ 2,8 millions de tonnes par an étaient annoncés ou en construction, dont 1,68 million de tonnes potentielles en pyrolyse. La capacité de pyrolyse en exploitation avoisine 150 000 tonnes d’entrée par an, plus de 300 000 tonnes étant en construction ou en mise en service.
Quelles usines de recyclage chimique ont fermé ?
Viridor a fermé trois usines Quantafuel en Scandinavie, invoquant l’absence de viabilité commerciale, et le pionnier britannique Plastic Energy est passé sous administration judiciaire. Parallèlement, Waste Plastic Upcycling prévoit une installation de 80 000 tonnes par an au port de Rotterdam.
Le recyclat chimique compte-t-il dans les objectifs de contenu recyclé ?
Cela dépend de l’instrument. Le projet d’acte d’exécution relevant de la directive sur les plastiques à usage unique, soutenu par le comité des États membres le 6 février 2026, en prévoit la prise en compte dans les bouteilles PET sous conditions. Le projet de critères de fin du statut de déchet ne couvre que le recyclage mécanique et physique.
À lire également
- Le recyclage chimique en Europe : unités pilotes et installations commerciales
- ISCC PLUS et bilan massique : le fonctionnement réel du système
- Recyclat post-consommation (PCR) : définition et fabrication du rPET, rHDPE et rPP
Sources : EUWID, recensement des projets européens annoncés en recyclage chimique (octobre 2025) ; informations sur la fermeture des usines Quantafuel par Viridor et sur la situation de Plastic Energy ; projet de Waste Plastic Upcycling au port de Rotterdam ; réponse de la Commission européenne à la question parlementaire E-000567/2026 ; projet de critères européens de fin du statut de déchet pour les plastiques ; règlement (UE) 2024/1157.
